29/09/2008

Delanoë fait grincer les dents dans son camp


Article publié le 29/09/2008 dans le Figaro par Sophie de Ravinel

Les dossiers du service minimum à l'école et des crèches loubavitch ont divisé la majorité au Conseil de Paris.


«Delanoë, vous le savez, il est plutôt légaliste…» Du seul commentaire de l'adjoint au maire de Paris chargé de l'éducation, Pascal Cherki, perçait lundi le regret. Bertrand Delanoë venait de dire son intention d'appliquer la loi du service minimum d'accueil (SMA) dans les écoles, les jours de grève. «Que les choses soient claires, a-t-il déclaré devant les élus du Conseil de Paris : la loi est promulguée, nous sommes républicains, nous l'appliquerons.» Même si le SMA contraint les communes «à assumer l'échec du dialogue social mené par l'État».

Situé à gauche du PS, Cherki bouillonne et prévient - à quelques jours de la grève du 7 octobre dans l'Éducation nationale - qu'à Paris, cette loi sera appliquée du seul bout des lèvres. Contrairement à Lyon où, croit-il savoir, le socialiste Gérard Collomb «non seulement appliquera le SMA mais doit même y être favorable». «Nous n'avons aucune obligation légale de quotas pour accueillir les élèves, a-t-il précisé pour sa part. Nous ferons donc au minimum : un animateur pour remplacer deux profs absents. De toute manière, ces jours-là, question sécurité, c'est l'État qui est responsable…».

Mais au sein de la majorité parisienne, ce sont les Verts qui se démarquent du maire de façon explicite. Leur président, Sylvain Garel, regrette que Bertrand Delanoë n'ait pas «résisté plus longtemps à cette loi inique». Et de s'indigner qu'une grève «ne dérange plus que ceux qui la font, parce qu'on diminue leur salaire».

Lundi, ces mêmes élus Verts sont montés au créneau avec les radicaux de gauche, pour aborder le deuxième des sujets ayant divisé la majorité municipale : celui des subventions accordées aux crèches associatives des juifs loubavitch. «Elles approchent le million d'euros, note Garel, pour des crèches limite sectaires, non mixtes où, de fait, seuls sont acceptés les enfants de confession juive.» Il regrette que Delanoë, «pour des raisons électoralistes», ne soit pas «plus attentif au respect du service public et de la laïcité».

«Montée du communautarisme»
Sur cette ligne, il est rejoint par la maire PS du XXe arrondissement, très sensible «à la montée du communautarisme» dans son quartier. Frédérique Calandra, qui «refuse d'avoir peur qu'on (la) traite d'antisémite», affirme : «Comme tous les intégristes, les Loubavitch véhiculent un modèle de société auquel je suis farouchement opposée.» «Les premiers excédés sont mes amis juifs libéraux», note-t-elle en se réjouissant que, malgré le vote de la subvention, Delanoë ait décidé la création d'une commission pour étudier le respect, ou non, des conventions publiques.

De son côté, Claude Goasguen - député maire du XVIe -, qui a voté les subventions, comme l'ensemble du groupe UMP, s'est ironiquement réjoui que le maire de Paris «partage les vues du président en matière de laïcité positive». Le maire, hors de lui, s'en est défendu.
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Résumé:

Audit de l'association Jeunesse Beth Loubavitch
Par lettre de mission du 20 décembre 2005, l’Inspection générale a été chargée de mener un audit de l’association Jeunesse Beth Loubavitch.
L’association gère deux crèches collectives dans le 19° arrondissement, rue Petit et rue Riquet, comportant 81 places. Elle bénéficie de subventions qui se montent respectivement à 120.875€ et 25.848€, en application des conventions qu’elle a passées avec la Ville de Paris (Direction des Familles et de la Petite Enfance).
Par ailleurs, elle gère un ensemble scolaire (école, collège, lycée) et bénéficie de subventions de la Ville de 447.661€ pour l’école et 75.668€ pour le collège. En 2004, l’association a accueilli en tout 1658 élèves.
Au terme de leur audit, les rapporteurs souhaitent mettre en avant les éléments suivants :
La réalité de la vie associative ne correspond pas toujours aux statuts.
L’association ne peut être regardée comme une association cultuelle au sens de la loi du 9 décembre 1905, car elle n’a pas pour objet exclusif l’exercice d’un culte. La Ville et le Département sont fondés à subventionner ses activités.
L’association présente une situation financière toujours fragile, même si le dernier emprunt souscrit lui a permis d’en refinancer d’autres et de faire face à ses dettes courantes et donc de lever son interdiction bancaire. Son fonds de roulement demeure toujours négatif. Tout nouvel investissement doit donc être différé dans l'attente que l'association dispose d'un montant minimum de fonds de roulement.
Le prix de revient des deux crèches apparaît modéré par rapport aux autres crèches associatives. Le montant des participations familiales et celui de la subvention municipale par berceau sont également plus faibles.

28/08/2008

En France, des motivations non religieuses

L’instruction à domicile des élèves entre utopie et cauchemar

Article publié dans le Monde Diplomatique en Août 2008.

Violences scolaires, inefficacité du système d’éducation nationale, risques de « contamination culturelle » dans les cours de récréation : ces thématiques ont depuis longtemps franchi l’Atlantique. Et, avec elles, la tentation de l’école à domicile. En 2000, le ministère de l’éducation nationale recensait quelque mille enfants instruits par leurs parents. En 2006, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) en dénombrait plus de deux mille huit cents. A présent, on compterait cinq mille enfants en âge d’être scolarisés mais dont les parents ont choisi l’instruction à domicile.


Le fait que l’école n’est pas obligatoire en France demeure méconnu. L’instruction seule est un devoir, mais elle « peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix », comme l’indique le code de l’éducation (art. L.131-2).


Les adeptes de cette dernière méthode sont toutefois obligés de se déclarer aux autorités en début d’année et de se conformer au contrôle annuel des inspecteurs de l’éducation nationale. Ils ne bénéficient pas de l’allocation de rentrée scolaire, au grand dam des défenseurs de ce système, qui revendiquent une égalité de traitement avec les familles choisissant les établissements publics ou privés.


Trois associations se partagent le terrain de l’éducation à domicile dans l’Hexagone. La plus ancienne, Les Enfants d’abord, regroupe quatre cent cinquante familles et célèbre cette année ses vingt ans d’existence. « La législation ayant tendance à se corser, il est difficile de dire que la communauté française d’éducation à domicile va continuer à s’accroître », explique MmeMarianne Dethier, membre du bureau de l’association. Elle-même a éduqué ses deux bambins pour, explique-t-elle, « pouvoir mener une vie itinérante ».


Contrairement aux Etats-Unis, le facteur religieux ne constitue pas en France un élément déterminant. « La plupart des parents retirent leurs enfants de l’école parce qu’ils jugent que cette institution ne respecte plus les rythmes des élèves. Beaucoup sentent qu’ils peuvent faire mieux que l’école. D’autres invoquent des motivations philosophiques ou liées à la violence de l’école », explique Mme Sylvie Humeau. Regrettant d’être « systématiquement taxée de sectarisme », cette militante de l’association Libres d’apprendre et d’instruire autrement se réfère à des théories pédagogiques alternatives. Celle, par exemple, de Maria Montessori (1870-1952), médecin italienne qui développa un système pédagogique fondé sur l’autodétermination et la curiosité naturelle de l’enfant. « Nous cherchons à redonner du sens à l’instruction et refusons le modèle de l’apprentissage pour l’apprentissage », revendique Mme Humeau.


Julien Brygo.

06/05/2008

Comment les sectes se moquent de la Convention internationale des droits de l'Enfant - CIDE -

Extraits tirés de la revue 'Lien social' No 386 (1)

Isolés, conditionnés, brutalisés, violentés, voire assassinés, les jeunes 'adeptes' doivent effacer leur passé, se détourner des mythes familiaux, n'avoir plus de racine. Le texte qui devrait protéger l'enfance est bafoué, article par article. Explications.

Les sectes tuent

Les sectes tuent et les enfants sont, comme toujours, les plus exposés. La plupart des pays - y compris les plus attachés aux droits de l'Homme - ne se mobilisent guère pour que la Convention Internationale des droits de l'Enfant puisse aussi s'appliquer à l'intérieur des sectes. En effet, il suffit de confronter les différents articles de la Convention aux pratiques de telle ou telle secte, pour constater que le droit est spectaculairement bafoué. L'article 2 stipule que l'enfant doit être protégé contre toute forme de discrimination motivée par les convictions de ses parents, l'article 3 lui assure la protection et les soins nécessaires. L'article 7 préconise la préservation de l'unité familale autour de l'enfant. Or, la véritable famille n'est plus la famille naturelle, adoptive ou nourricière, mais la secte, le gourou devenant alors la seule référence parentale autorisée.
Ainsi conditionné dès son plus jeune âge, l'enfant évoluera dans un monde où la notion de père et de mère n'a pas de sens, quand il n'est pas carrément séparé de ses parents dès sa naissance, comme chez les scientologues, qui préfèrent le confier à une 'nanni' jusqu'à 12 ans, laquelle lui inculquera les préceptes de 'l'église'.
L'article 9 de la Convention prévoit que si une séparation des parents survient, l'enfant puisse avoir des relations régulières avec l'un et l'autre. Or, c'est le contraire qui prévaut lorsque l'un des conjoints n'est pas adepte de la secte ou s'en détache. Ainsi, dans une situation semblable, les témoins de Jehovah 'diabolisent' le conjoint 'opposé' et développent un sentiment de méfiance chez l'enfant. cette suspicion de la secte envers la famille est en fait l'un des gages de sa survie et elle en a fait une doctrine, conditionnant ses adeptes à cesser toute relation, à effacer le passé, à se détourner des mythes familiaux, à n'avoir plus de racines...

Les privations semblent le lot commun

Que dire également du sort fait à l'article 19 qui protège l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, y compris violences sexuelles ?... Et de l'article 31 qui affirme le droit au repos et aux jeux ?... La liste est sans fin des diverses situations de maltraitances auxquelles les enfants des sectes sont confrontés. Les privations semblent le lot commun : privation de nourriture, privation de sommeil, privation de contacts extérieurs, privation de jeux... La vie de certains enfants est un véritable cauchemar : chez Krishna, le lever est à 3h30, immédiatement suivi d'une heure de litanies et de trois heures de lectures des textes sacrés. Même rituel en fin de journée, une journée partagée entre l'enseignement et les activités manuelles. Les repas, de types végétariens, sont très loin de satisfaire les appétits et les besoins, et la seule 'distraction' autorisée, le dimanche, est d'aller faire du prosélytisme en agitant des clochettes et chantant 'here rama, hare Krishna'...Ils vivent dans des locaux sans aucun confort, dorment sur des lits métalliques superposés et ne connaissent rien du monde qui les entoure. Même lorsqu'ils demeurent dans leur famille, comme c'est la cas des Témoins de Jehovah, les enfants sont 'interdits' d'enfance : interdit de participer à des fêtes, de sortir, de regarder la télévision, d'aller au spectacle...

'La Citadelle' s'est fait connaître pour la rage que le couple Mihaies mettait à 'corriger' les enfants. Un 'ancien' témoigne : '... gifles, coups de ceinture, privation de nourriture, de sommeil, station debout des heures durant..., exclusion fréquentes, humilations'. Dans d'autres sectes, les 'rebelles' sont enoyés dans des camps de rééducation dont les teen Ranches créés par david Berg, grand manitou de la Famille, étaient le modèle le plus accompli. Frapper un enfant est donc un acte reconnu et encouragé par les sectes, et écrits et discours en témoignent; un haut responsable de Tabitha's Place : "Même les bébés ont une nature déchue et ont besoin d'être chatiés", et Gilbert Bourdin de Raël évoquant "le petit être qui n'est encore qu'une larve" invitent les parents à appliquer avec vigueur le châtiment corporel...
Mais c'est avec les violences sexuelles que l'on mesure combien les sectes, sous des discours religieux ou philosophiques, peuvent briser à jamais des vies humaines et conduire des enfants au désespoir ou à la folie. Gilbert Bourdin, qui se veut un guide sévère, n'hésite pas à mettre dans son lit ses adeptes et les enfants de ses adeptes. Différents écrits attestent de ses encouragements à la pédophilie, voire à l'inceste, mais le maître incontesté en la matière demere David Berg, dit Moïse David, père universel des Enfants de Dieu - aujourd'hui La Famille - , qui des années durant put réaliser à travers la secte ses plus épouvantables fantasmes. Non seulement cet ancien pasteur a inventé le 'Flirty Fishing' et ainsi amené à la prostitution des centaines de jeunes filles convaincues de servir le Christ, mais il a abusé de ses propres enfants, sans le moindre souci de la loi commune, justifiant ses perversions par une 'théorie' qui pour être simpliste n'en a pas moins convaincu des centaines d'adeptes. il assure, David Berg, que "il n'y a rien de mauvais au monde, quand au sexe, tant qu'il est pratiqué avec amour, de quelque manière que ce soit; pas question de qui ni de quel âge ou de quelle parenté, ni de quelle façon". Moyennant quoi, les mères sont invitées à faire, d'une certaine façon, la toilette de leur petit garçon, et les pères à 'jouer' avec leurs petites filles; quand aux enfants, ils n'ont pas le choix, les relations sexuelles entre eux étaient obligatoires, dûment surveillées par un 'berger'...

Les sectes font peur, et pas seulement à monsieur-tout-le-monde; elles font peur aussi aux magistrats, aux experts, aux hommes politiques. Elles ont des ramifications innombrables, bénéficient de puissants appuis, savent utiliser la moindre faille, invoquer la liberté d'opinion, de conscience, de religion...Elles avancent masquées, ovrant des ateliers de peinture, de musique, proposant du soutien scolaire, organisant des séjours de vacances et créant ainsi un vivier dans lequel elles pourront jeter leurs filets.
Des associations travaillent à combattrent et dénoncer ces pratiques : Le centre de documentation, d'éducation et d'action contre les manipulations mentales (CCMM) et, surtout, l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (UNADFI) dont la présidente Jeannine tavernier, pense que le devoir d'information sur le problème des sectes doit être une priorité pour tous ceux qui sont en contact avec les enfants (enseignants, éducateurs, animateurs...)

Jacques Trémintin

(1) LIEN SOCIAL, 5 rue du Moulin Bayard - 31015 Toulouse cedex 6
Tél 05 62 73 34 40
Fax 05 62 73 00 29
www.lien-social.com

À lire :
Les enfants des sectes, Hayat El Mountacir, ed. Fayard, 1994
Dans le secret des sectes, J.Cotta,P.Martin, ed.Flammarion, 1992

Adresses :
CCMM, 19 rue Turgot - 75009 Paris (01 42 82 04 93)
UNADEFI, 10 rue du Père Julien Dhuit - 75020 Paris (01 47 97 96 08)
Rappelons cependant que ces associations ne savent pas bien traiter les affaires familiales ni protéger les enfants des influences sectaires, elles théorisent bien. Mme Hayat el Mountacir devait réediter son livre sur les enfants et les sectes, mais bon. Comme le démontrent le nombre croissant de parents qui viennent beaucoup trop tard vers nous, aprés avoir été mis en psychothérapie, victimologie et judiciairisation à outrance: procédures longues et couteuses, deresponsabilisation parentale par l'effet pervers dû à des psycho-juridico dépendances socialement bien vues par méconnaissance.
Vous pouvez aussi consulter sur notre blog anglophone:

05/05/2008

Témoignage d'enfant: " j'ai grandi dans une secte religieuse "

"La secte impose une fermeture physique et psychologique qui offre un terrain favorable aux abus".
Par Stéphanie Martin pour le quotidien le Soleil du Québec

Claudine se souvient très bien de son enfance. Les joyeuses parties de cartes avec les oncles et les tantes, la vie simple et tranquille. Jusqu’à ce que tout bascule, alors qu’elle avait neuf ans, quand son père a entraîné la famille dans une secte religieuse. «Cela a détruit notre famille.»

Claudine, ce n’est pas son vrai nom. Même plusieurs années après être sortie du groupe, elle ne veut pas être identifiée. Elle refuse aussi que la secte soit nommée, car certains membres de sa famille en font toujours partie, dont ses parents.

Du jour au lendemain, la petite fille et ses neuf frères et sœurs se sont vu imposer un mode de vie ultrarigide basé sur des principes religieux. Modestie absolue pour les femmes — ce qui implique une entière soumission aux hommes —, code vestimentaire très strict, participation obligatoire à des messes, des prières et des congrès, pèlerinages pour assister aux apparitions de la Vierge.

Progressivement, les enfants ont été coupés du reste de leur famille, puis du monde en général. Chez eux, la télévision était interdite, car elle était considérée comme un objet démoniaque. La peur de l’Apocalypse hantait leur quotidien.

Claudine a eu la chance d’aller à l’école. Mais ce n’était pas le cas de la plupart des enfants des adeptes. Sur recommandation des grands pontifes du groupe religieux, on leur enseignait à la maison. «Mais il n’y avait aucun encadrement, aucun manuel scolaire fourni. Ça faisait des enfants asociaux, qui n’avaient pas de scolarité, des illettrés», raconte Claudine.

Pour elle, les années scolaires ont été difficiles. La petite, affublée de vêtements «différents», essuyait constamment les moqueries. «J’ai beaucoup souffert de cela. De devoir lutter contre le ridicule.»

Mais le pire, c’était l’atmosphère invivable à la maison. Soumise au contrôle et aux pressions extrêmes de la secte, la mère est devenue violente. Les dirigeants exigeaient des parents une sévérité malsaine. «Quand ma mère revenait d’une rencontre avec la directrice, on en mangeait une, dit Claudine. On était bombardés par notre mère.» Un jour, elle a failli mourir, étranglée par celle qui lui a donné la vie.

Excédée, Claudine a fui la maison familiale à 17 ans pour devenir de son propre gré bénévole... à la maison-mère de la secte. Elle y a passé 12 ans, jusqu’à se rendre malade. Puis, elle a trouvé la force d’en sortir, et de se lancer tête première dans ce monde qu’elle croyait peuplé de forces sataniques. «Je me suis sentie perdue. Je ne pensais jamais être capable d’intégrer le monde.» Pourtant, elle y est parvenue. Au prix d’un divorce et de nombreuses thérapies, qui l’ont aidée à faire la paix avec son passé.


Quand la doctrine justifie les pires abus


Au Québec, depuis des années, un nombre indéterminé d’enfants naissent au sein de grou­pes sectaires, sans jamais que leurs noms apparaissent au registre de l’État civil. D’autres y sont emmenés par leurs parents dès leur plus jeune âge et y passent leur enfance. Levée de voile sur l’un des plus grands tabous de notre société.

C’est un drame dont on ne parle à peu près jamais. Sauf quand des scandales sont mis au jour et étalés dans les médias. Comme c’est le cas actuellement avec la secte Yearning for Zion, démantelée au Texas, et de laquelle on a retiré plus de 460 enfants. On y encourageait la polygamie et les mariages entre personnes d’une même famille.

Le phénomène est certes marginal, mais néanmoins réel et, ce qui est très préoccupant, il se produit à l’échelle mondiale, s’inquiète Lorraine Derocher, chercheuse au groupe de recherche Société, droit et religions de l’Université de Sherbrooke, et auteure de Vivre son enfance au sein d’une secte religieuse, fraîchement sorti sur les tablettes.

Pour la rédaction de son ouvrage, elle a réalisé des entrevues avec sept adultes qui ont passé toute ou une partie de leur enfance au sein de groupes sectaires extrêmement fermés. Les récits donnent froid dans le dos. Il y a ce jeune garçon qui, à huit ans, kidnappé par son père, s’est réveillé loin de sa mère et de ses amis, dans un monastère où il devait travailler comme un forcené. Ou cette adolescente à qui on a imposé des rituels sexuels de «purification».


Fermeture


La secte est en rupture contestataire avec les valeurs dominantes de la société, explique Mme Derocher. Elle impose une fermeture physique et psychologique qui offre un terrain favorable aux abus.

Endoctrinés dès leur plus jeune âge, élevés dans la peur du monde extérieur, les enfants ne connaissent souvent qu’une seule réalité : celle de la secte, où «tout est justifié par le discours religieux». Un univers où il est normal d’être battu, négligé, violé, abusé.

«C’est ce qui est le plus grave», estime la chercheuse. Quand un acte sexuel ou violent est présenté à un enfant comme un rituel sacré, cela fausse toute sa perception. «Tu n’as jamais l’impression d’être forcée, (ni) d’être violée, même si tu l’es. C’est comme la pilule du viol, mais là, tu es endormie par la religion. (...) Je faisais ça pour Dieu», relate une femme dans l’ouvrage de Mme Derocher.

Les parents devaient protéger les enfants. Au lieu de cela, ils ont cautionné les abus, déplore Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte. La plupart du temps, les jeunes n’ont jamais fréquenté l’école, ou même le médecin. Ils n’ont donc jamais reçu de cours de sexualité.

Et malgré l’ignorance dans laquelle elles sont enfermées, il se produit chez certaines personnes un déclic, une urgence de partir. Soit parce que les attentes démesurées des parents se font insupportables, que la santé flanche, que les abus sont trop nombreux ou qu’un contact avec l’extérieur provoque un éveil. Et alors survient le choc des réalités.

Comme un immigrant dans son propre pays

Est-ce possible de n’avoir aucune idée de ce qu’est une carte de crédit, de qui est Mickey Mouse ou de l’utilité d’un curriculum vitæ? Les enfants des sectes, quand ils en sortent, partent de loin.

«Une personne me disait que c’est comme être immigrant dans son propre pays», illustre Mike Kropveld, directeur général d’Info-Secte. Les obstacles à l’intégration sont nombreux.

D’abord, pour les enfants des sectes, le monde extérieur est le repaire du malin. L’affronter est extrêmement angoissant. Souvent, dit M. Kropveld, ils se retrouvent sans le sou et la seule lutte pour leur survie accapare toute leur énergie.

Ensuite, puisqu’ils coupent les ponts avec leur famille et leur monde, ils perdent tous leurs repères culturels et moraux, souligne Lorraine Derocher, chercheuse à l’Université de Sherbrooke. Même le vocabulaire qu’ils ont utilisé toute leur vie n’a plus de sens. C’est ce qu’elle appelle le choc des réalités. Pour ceux qui découvrent que les rituels auxquels ils ont participé étaient en fait des agressions sexuelles, des crimes, «c’est dramatique.»

Aux prises avec une détresse extrême, certains songent au suicide ou tentent de mettre fin à leurs jours. D’autres persistent à reproduire l’univers fermé de la secte ou encore perdent les pédales devant la soudaine liberté qui s’offre à eux.

Chez Info-Secte, les demandes d’aide de jeunes de deuxième génération (qui ont passé une bonne partie de leur enfance dans une secte) sont en nette augmentation ces dernières années. Mais les ressources sont peu nombreuses et mal outillées, affirment M. Kropveld et Mme Derocher. Il existe cependant des moyens tout simples pour apporter un peu de réconfort. «Ce qui aide, c’est l’attachement à des personnes significatives, qui donnent un nouveau sens aux choses, naturellement», dit Mme De­rocher.

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Sources :
Le Soleil Québec
Centre info-secte
Université de Sherbrooke
Photo droits reservés AP

LORRAINE DEROCHER.
Vivre son enfance au sein d’une secte religieuse. Comprendre pour mieux intervenir.
Presses de l’Université du Québec, 183 pages

Pour toute demande complémentaire:
Centre Info-Secte Québec / Cult-info center Québec

02/04/2008

Comment les sectes influencent les gouvernements européens

Journal en ligne Bakchich.info / mercredi 2 avril 2008
par Serge Faubert
MODES DE VIE


Sectes, ce sont les responsables politiques qui en parlent le mieux

© Morvandiau


Exclusif : « Bakchich » a pu lire le rapport annuel de la Miviludes avant qu'il ne soit rendu public demain. Un document qui révèle en particulier l'ampleur du lobbying sectaire auprès de l'OSCE, une des plus importantes institutions européennes. Extraits de ce chapitre brûlant

Demain, jeudi 3 avril, le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) Jean-Michel Roulet, rendra public le rapport annuel qu'il a remis ce matin au premier ministre.

En exclusivité, Bakchich livre à ses lecteurs un des passages les plus saillants de ce document : le lobbying des sectes auprès d'une institution mal connue du grand public, mais ô combien importante, l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe, (OSCE). Regroupement de 56 États, l'OSCE a pour mission la prévention des conflits et la gestion des crises à l'intérieur de son espace régional.

Cette conférence permanente est une cible privilégiée des sectes depuis plusieurs années. Elles y mènent un combat d'influence pour obtenir, sinon une reconnaissance, du moins la respectabilité qui leur fait défaut dans de nombreux pays d'Europe.

Une entreprise menée dans la plus grande discrétion. Les sectes s'abritent systématiquement derrière des associations internationales dont l'intitulé anodin ou ambigu abuse plus d'un interlocuteur. Résultat, elles ont réussi, plus d'une fois, à se faire délivrer des brevets d'honorabilité.

À la lumière des investigations menées par la Miviludes, on comprend mieux comment la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon, a pu, il y a quelques semaines, affirmer que les sectes étaient un « non-problème ».
« Incertitudes sur l'avenir de la Miviludes »

Si l'actualité récente, avec la séquestration présumée, en Sardaigne, d'une ancienne adepte de la scientologie par d'autres membres de l'organisation, a remis sur le devant de la scène les dérives sectaires, l'avenir de la Miviludes demeure incertain. Sa mission va à rebours du concept de laïcité positive qu'entend promouvoir Nicolas Sarkozy. Pas question de pointer du doigt telle ou telle association au moment où l'on s'apprête à élargir le spectre des mouvements religieux.

La ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, a déjà donné le ton. Depuis plusieurs mois, elle ignore superbement la Miviludes. Son président, comme Bakchich l'a déjà raconté, en est réduit à la lecture de la presse pour se tenir informé des réunions ministérielles consacrées au problème des sectes.

À cette incertitude sur le sort de la Miviludes est venu s'ajouter, ces dernières semaines, les revers enregistrés par deux figures du combat anti-sectes. La première, le député UMP Georges Fenech, ancien juge d'instruction – il a notamment instruit le procès lyonnais de l'Église de scientologie au début des années 90 –, initiateur des trois commissions d'enquêtes que l'Assemblée nationale a consacrées aux sectes, a vu son élection dans le Rhône être invalidée pour une irrégularité mineure dans son compte de campagne. La seconde, Jean-Pierre Brard, député de Seine Saint-Denis, et maire de Montreuil depuis 1984, a perdu l'hôtel de ville lors du dernier scrutin.

Au sein des Renseignements généraux, la situation n'est pas davantage réjouissante. Le rapprochement de ces derniers avec la DST remet en question les attributions de la section RG chargée de la surveillance des mouvements sectaires. Celle-ci pourrait être dépossédée de sa mission de renseignement et basculer dans la sécurité publique.

Bref, les sectes peuvent se frotter les mains. À ce tarif-là, c'est sûr, elles deviendront enfin un « non problème ». S.F.
EXTRAITS DU RAPPORT

« Une tribune idéale pour être instrumentalisée : la conférence annuelle d'examen de la dimension humaine et autres conférences du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH)

L'OSCE est un vaste forum de consultations et de négociations pour les 56 États participants (Europe occidentale, centrale et orientale, États-Unis et Canada). Elle a été conçue de telle sorte que les sociétés civiles des pays membres puissent exprimer leurs doléances lorsqu'elles estiment que leurs libertés fondamentales sont bafouées. Ce principe permet une bonne défense des libertés individuelles là où elles sont menacées.

Le BIDDH est la principale institution chargée de la promotion des droits de l'homme et de la dimension humaine dans l'espace OSCE. La conférence annuelle fait le bilan de la mise en œuvre des engagements pris par les pays participants dans ces domaines, afin d'en dégager des orientations.

Cette réunion d'experts – fonctionnaires internationaux et personnalités qualifiées de haut rang – se déroule sur deux semaines. Elle est ouverte aux représentants de la société civile qui peuvent s'exprimer à égalité avec les délégués des États dans le cadre de plusieurs sessions thématiques parmi lesquelles celles concernant les droits fondamentaux. Toute ONG (Organisation non gouvernementale) est libre de s'exprimer autant de fois qu'elle le souhaite, à la seule condition de s'inscrire au préalable et de respecter un temps de parole de cinq minutes maximum. (…)
Obtenir une caution internationale

Une plateforme institutionnelle de prestige, de surcroît à l'audience internationale, et où chacun peut s'exprimer librement. Le décor ainsi planté en fait le lieu idéal pour faire entendre sa voix en bénéficiant du contexte de respectabilité immédiatement associé à un tel événement. Et les mouvements sectaires l'ont bien compris, puisqu'ils s'affichent sans le moindre scrupule sur un pied d'égalité avec d'autres ONG qui expriment légitimement leurs souffrances.

Le seul but consiste à faire acter leurs interventions. Celles-ci, ainsi dotées d'une caution internationale, pourront ensuite être aisément instrumentalisées par leurs alliés, mais aussi, avec un peu de chance ou un coup de pouce au bon endroit, être reprises par tel ou tel rapport officiel.

(…) Les ONG-phares du réseau d'influence

(…) 1 - Human Rights Without Frontiers / Droits de l'Homme sans Frontières (HRWF) [1]

Cette ONG se dit « indépendante de tout mouvement politique, idéologique ou religieux » et a pour objet de « promouvoir la démocratie, l'autorité de la loi et les droits individuels partout dans le monde par tous les moyens appropriés ».

HRWF, qui demandait en 2007 à la tribune du BIDDH le rattachement de la MIVILUDES au Bureau des cultes du ministère de l'Intérieur et l'arrêt du subventionnement des associations « anti-sectes » (cf. infra), s'affiche principalement comme l'avocat des minorités religieuses et s'applique, entre autres, depuis plusieurs années, à dénoncer les agissements de la France et des autres pays investis dans la lutte contre les dérives sectaires.(…)

2 - La Fédération Internationale Helsinki pour les Droits de l'Homme (FIH) /International Helsinki Federation for Human Rights (IHF) [2]

Fondée en 1983, cette ONG a pour but de promouvoir le respect des engagements des pays membres de l'OSCE en matière de droits de l'homme.

Familière de l'enceinte du BIDDH, elle fait partie des ONG assidues à dénoncer les politiques de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Ses points de vue sont systématiquement repris par les mouvements sectaires et leurs alliés, et ce d'autant plus que son appellation prestigieuse fonctionne comme un label de référence qui fait grande impression. (…)

3 - The Institute on Religion and Public Policy (IRPP) [3]

(…) L'IRPP est une ONG internationale se revendiquant « interreligieuse », dont le but est de veiller au respect de la liberté de religion et de la démocratie dans le monde.

On retrouve, dans son conseil d'administration, M. Richard Land [4], président de la Convention des Baptistes du Sud [5], par ailleurs vice-président de l'« United States Commission on International Religious Freedom » (USCIRF) [6], ainsi que M. David Little, professeur à la « Harvard Divinity School ». Ce dernier avait fait partie de la délégation américaine enquêtant sur la liberté religieuse dans le monde, reçue par la MILS en avril 1999. Il était également signataire, tout comme M. Willy Fautré de « Droits de l'Homme sans Frontières », d'une lettre ouverte au Président de la République Jacques Chirac, publiée dans France Soir le 20 avril 2000, à l'initiative de l'Omnium des Libertés [7], demandant la dissolution de la MILS. Pendant un temps M. Benjamin A. Gilman, ex-sénateur dont l'un des contributeurs de la campagne électorale était l'un des principaux dirigeants de la Scientologie, [8] siégeait aussi au conseil d'administration. (…)

Conclusion

Le réseau d'influence pro-sectaire au plan international, à l'OSCE comme ailleurs, mais aussi au plan national, comme cela a été expliqué dans le rapport 2006 de la MIVILUDES, est somme toute assez restreint. Ses animateurs se comptent sur les doigts des deux mains.
Un réseau restreint, mais doté de moyens considérables

Mais sa disponibilité et ses moyens sont sans commune mesure avec ceux dont disposent les institutions et les associations qui se mobilisent contre les dérives sectaires. Il faut donc compter avec la force de ces francs-tireurs à plein temps dont les discours… et les « caisses » sont régulièrement alimentés.

Cependant, au fil du temps, leurs interlocuteurs de l'OSCE sont de moins en moins dupes. L'effet de répétition finit par s'user si l'on s'en sert trop, et à la différence des comiques qui savent ne pas en abuser au risque de ne plus provoquer le rire escompté, les stratèges sectaires ont du mal à renouveler leur discours : ils ressassent d'une année sur l'autre les mêmes propos accusateurs sur la politique française, les listes et les rapports parlementaires, les associations de victimes, etc.… sans convaincre au final que la France serait parmi les pourfendeurs de la liberté religieuse à cause de sa politique contre les dérives sectaires. (…) »

Lire aussi, dans Bakchich, sur le rapport de la Miviludes et le satanisme, l'article

Les satanistes, de bons petits diables ?

[1] http://www.hrwf.net/network/home.html

[2] http://www.ihf-hr.org/index.php

[3] http://www.religionandpolicy.org/

[4] Cf. infra : notes bas de page n° 26 et 36

[5] Branche des « chrétiens conservateurs » de la mouvance évangélique américaine.

[6] Cf. infra : note bas de page n° 36.

[7] Cf. infra : note bas de page n° 45.

[8] in Le Monde Diplomatique /mai 2001, d'après un texte de Stephen A. Kent dans le Marbourg Journal of Religion – Université d'Alberta Canada

24/10/2007

Droits de l'Enfant et dérives sectaires

Si vous souhaitez de plus amples informations concernant les Droits de l'Enfant face aux dérives sectaires, reportez-vous au site principal du Réseau Parental Europe qui traite de ce sujet de façon exhaustive:

En France, les dangers sectaires pesant sur les enfants ont été précisés et caractérisés par la Mission Interministérielle de vigilance et prévention contre le phénomène sectaire siégeant auprès du Premier Ministre, la MIVILUDES.
Dans son rapport 2003 (intégrale en PDF ici), elle mentionne l'inefficacité des procédures judiciaires, les défaillances graves des enquêtes sociales et les lacunes plutôt complaisantes des intervenants sociaux (pages 81 à 98) -mais dans un prochain article nous détaillerons ce rapport ainsi que les mesures préconisées pour remédier à ces dysfonctionnements.

A notre connaissance, le seul Défenseur des Droits de l'Enfant en Europe qui a denoncé des exactions sectaires est le Défenseur des Mineurs de la Communauté autonome de Madrid en Espagne www.dmenor-mad.es

Vous pourrez aussi trouvez quelques articles sur ces sites amis spécialisés dans la prévention par l'information GEMPPI, Info-Secte, Prevensectes en français, Hemerosectas, Sectas , REdUNE en espagnol et ICSA , Cult info en anglais.

Pour les parents d'enfants soumis contre leur gré et les mineurs touchés ou devenus adultes lorsqu'ils dénoncent les abus commis dans leur enfance, les appareils judiciaires de l'Union Européenne n'offrent pas toujours la bienveillance due aux Droits de l'Homme -ONU, Europe et 1789-, la necessaire compréhension et le soutien à la parentalité dans ces cas extrêmes, hélas ils appliquent rarement la Convention Internationale des Droits de l' Enfant -CIDE ONU NYC 1989-.

Nous parents du RPE, sommes en faveur d'une utilisation thérapeutique du droit, concrètement, en France il existe des lois, bien peu souvent prises en compte par les gens de robe à l'encontre des organismes sectaires (cf: article de France soir du 14 janvier 2005).

Article 371-1 du Code civil : l'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité sa santé et sa moralité. Pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne.

Dans le réel intérêt supérieur de l'Enfant, le Réseau Parental Europe milite pour la médiation familiale hors champs judiciaire conformément aux directives du Conseil de l'Europe de 1992, le RPE est résolumment favorable à la déjudiciarisation totale -hormis cas extrèmes et danger vérifié avéré avec preuves- des divorces et séparations.

En France nous soutenons le projet de déjudiciarisation proposé d'un côté par le Ministère des Finances dans le cadre de la simplification des démarches administratives et d'autre part par Mme la Ministre de la Justice, Madame Rachida Dati.



Rapport 2005 de la MIVILUDES sur les télévisions: le phénomène sectaire instrumentalise l'appareil judiciaire - voir aussi article de Philippe Bouvier pour France Soir édition du 14 janvier 2005 - .
Première audition du Réseau Parental Europe, en septembre 2006, dans le cadre de la Commission d'enquête Parlementaire "Sectes et Enfants" présidée par M. Georges Fenech, député du Rhône, ancien magistrat, qui a rendu son rapport n°3507 "l'Enfance volée" le 19 décembre 2006 et contribué à la loi réformant la protection de l'Enfance de janvier 2007 sous la Présidence de Mme Valérie Pecresse.

06/12/2006

La vie cachée des enfants des sectes

Pour prévenir les dérives, une commission d'enquête parlementaire préconise de limiter l'enseignement à domicile. « La Croix » rapporte les témoignages de deux jeunes femmes ayant vécu, enfants, dans une secte 
Membres de la communauté "Tabitha's Place", qui fait partie du mouvement fondamentaliste américain Communauté du Royaume du Nord-est des Frères de Plymouth, dont les fidèles affirment suivre strictement la Bible. Le 21 novembre 2006, au manoir de Navarrenx, à Sus 65.
Interdiction d'écouter de la musique, de regarder des films, de sortir cheveux au vent, de porter des pantalons… La scène ne se passe pas chez les talibans, mais en France. Née dans une secte prônant l'application à la lettre des versets de la Bible, Nadège, aujourd'hui âgée de 28 ans, a dû elle aussi se plier à ces règles durant l'enfance.
Jusqu'à son « évasion » réussie en 1999. « Petite, je ne trouvais rien à redire à tout cela, confie-t-elle aujourd'hui. Comment aurais-je pu ? Je vivais là depuis ma naissance, entourée de mes parents, grands-parents, oncles et cousins. J'étais persuadée que nous étions les seuls dans le droit chemin et qu'un "étang de feu" attendait tous les autres. »
À l'adolescence pourtant, Nadège commence à remettre en question les valeurs de la secte. Et cela, notamment grâce aux amitiés qu'elle lie au collège. « Je ne savais pas quoi répondre, raconte-t-elle, quand mes copines me demandaient pourquoi moi et mes cousins ne pouvions pas aller à la piscine, manger à la cantine, faire des sorties scolaires, assister à certains cours de biologie. » À la fin du collège, la sanction tombe : le chef de la communauté lui interdit de poursuivre ses études. Tirant du même coup un trait sur le rêve de l'adolescente : devenir infirmière.

PLONGÉE DANS LA DÉPRESSION

La décision plonge Nadège dans une profonde dépression. Elle pense même au suicide. « Je n'osais pas dire, tout haut, mon dépit. Cela m'aurait fait courir le risque d'être mise au ban de la communauté. Et quand on a très peu de contacts avec l'extérieur, c'est un risque qu'on ne prend pas. »
Sa chance ? Recueillir un jour les confidences de son cousin, bien décidé, lui, à tout faire pour s'évader de la communauté en vue de se marier avec la femme qu'il aime. Quelques mois plus tard, c'est au tour d'une cousine d'émettre un souhait identique, lors d'une discussion avec Nadège. À partir de ce jour, les trois jeunes décident de mettre au point un plan d'évasion. Au final, une dizaine de jeunes s'échapperont de la communauté le même jour. Nadège avait alors 20 ans. « Nous avions préparé notre départ pendant plus de six mois : il fallait trouver un petit boulot pour survivre, demander à nos connaissances de nous héberger. Le tout sans que rien ne filtre. »
Une fois le pas sauté, la jeune femme se retrouve isolée, sans repère. « Pendant longtemps, je n'ai plus su ce qu'était le bien ou le mal, témoigne-t-elle. J'étais totalement déboussolée. Heureusement, j'ai fait la connaissance de mon mari. Il a été d'un très grand soutien. » Aujourd'hui maman, Nadège souffre de vivre coupée des siens, restés dans la communauté. Et pense surtout à tous les enfants de la secte qui n'ont plus, comme à son époque, la chance d'être scolarisés. Ils sont désormais éduqués à domicile. « Moi, c'est l'école qui m'a sauvée, assure-t-elle. Comment ces petits pourront-ils, sans cela, développer un quelconque esprit critique vis-à-vis du reste du groupe ? »

"COMPLÈTEMENT HYPNOTISÉE PAR MON CHEF"

Changement de décor. La secte dans laquelle est entrée Hélène à 16 ans, n'avait, elle, a priori rien d'inquiétant. Elle n'avait en tout cas rien de commun avec les principes stricts et la vie en communauté imposés à Nadège. « Le gourou nous demandait simplement de le retrouver le dimanche dans un atelier d'artiste de la capitale pour y apprendre les principes chamaniques », se souvient Hélène, aujourd'hui âgée de 24 ans.
Et pourtant. L'adolescente, qui y suivait sa mère tous les week-ends, a dû, elle aussi, s'initier aux « lavages de mémoire ». « Le leader du groupe m'expliquait comment totalement me couper de mon père, qui venait de divorcer d'avec ma mère. Il m'assurait que je vivrais mieux en oubliant mon passé. Il a d'ailleurs réussi : j'ai fini par ne plus vouloir le voir. » À la demande du gourou, il fallait aussi à la jeune fille « découpler ses convictions de son "être intérieur" », au risque de développer une double personnalité. Le tout afin de « vivre plus intensément le moment présent ». « Je ressortais épuisée des dimanches passés à pratiquer ce genre d'exercices, raconte Hélène. Je finissais aussi par être complètement hypnotisée par notre chef. »
À l'époque, la jeune fille passe pour être une collégienne sans histoire. Les enseignants ne notent rien d'anormal et se disent même plutôt satisfaits de ses résultats scolaires. « Je ne parlais à personne du chamanisme. J'éprouvais une certaine fierté à être seule à en connaître les principes et à les appliquer. » Le gourou ne s'en tient pas à la seule manipulation mentale. L'adolescente consent à une séance « d'harmonisation des chakras », consistant à se dénuder pour se prêter à divers massages. Choquée, mais mise en confiance par le leader du groupe, Hélène se convainc de la normalité de tels attouchements et n'en parle à personne.

"J'AI RÉALISÉ QUE C'ÉTAIT N'IMPORTE QUOI !"

Sa grande chance, paradoxalement, sera d'être l'une des adeptes préférées du gourou. Convaincu de son intelligence, il conseille à la jeune bachelière d'entamer des études de psychologie dans le but de devenir une praticienne d'obédience « chamanique ». Mauvais calcul. « En fac, j'ai découvert l'extrême rigueur des théories de Freud, Jung et Lacan, comparées à tout ce qu'il m'enseignait, précise Hélène. À toutes mes questions gênantes, il m'assurait que le mystère était la cause de tout. J'ai réalisé que c'était n'importe quoi ! » Alors que la jeune femme commence à douter du sérieux des valeurs véhiculées dans la secte, sa mère, elle, s'y implique davantage.
Sur les conseils du gourou, cette dernière vend son pavillon, part en préretraite, quitte son compagnon et décide de fonder un groupe « chamanique » en province. Doutant à son tour du bien-fondé de son choix, la mère d'Hélène souffre alors d'une profonde dépression qui la mène au suicide en 2005. Âgée de 23 ans, Hélène traverse à ce moment-là une crise longue et douloureuse. « Tout d'un coup, je me suis retrouvée totalement vide et hantée par la peur du suicide, explique-t-elle. Heureusement, mon père et de ma soeur m'ont apporté un réel soutien. C'est grâce à eux que j'ai pu me reconstruire. »
Marie BOETON
in La Croix le 18/12/06